Jacques Attali by Fred Dufour
Jacques Attali by Fred Dufour

Monsieur Attali,

Je me suis noyée dans ma 13ème tasse de thé, en pensant très fort au fait que je devrais me sentir honorée…
Vous avez accepté mon invitation.
Merci.

Mais voyez-vous, il y a quelque chose qui ne sonne pas juste.
C’est comme si mon oreille de violoniste entendait de loin une cacophonie.
Il est important d’être au bon endroit, au bon moment…
J’ai comme l’impression que nous avons laissé ce bon moment s’échapper.
Je vous ai probablement invité trop tard.
Je regrette. Sincèrement.

N’ayez aucun doute, mon état d’esprit est ouvert à 360 degrés.
Vous êtes un homme intelligent. Très intelligent.
Je sais, j’ai compris que les efforts de Liliane pourraient rendre antisémite même un mort.
Cela ne peut pas m’atteindre. Je suis plus grande que cela.
Je suis une extraterrestre, Monsieur Attali.
Je l’ai d’ailleurs dit d’entrée à votre ami Léo. Sauf que lui, il n’a pas été assez intelligent pour le comprendre. Question de QE.

On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux.

Votre ami et le « héros » de mon livre, Léo Apotheker…
Il a ramassé tous les Oscars ces derniers temps. Vous le savez bien.
Sauf qu’il y a des médailles qui vous clouent au sol… Pour l’éternité.
Le dernier de ses trophées ? Celui d’un mec qui n’a pas de couilles…

C’est ben platte. Excusez, c’est en québécois.
Je prépare le tapis (rouge très pale) pour l’apparition de votre ami à Montréal, en mai.
Je crois bien qu’il vaudrait mieux annuler ce voyage…

Vous savez à quoi je pense ?
A toutes ses années d’école où on lui a fait écrire en boucle

Ce n’est pas moi,
Ce n’est pas moi,
Ce n’est pas moi…

Des pages et des pages de « Ce n’est pas moi »…
A 60 ans, le rebel a décidé de devenir un ange…
Sauf que ce n’est pas aussi simple…
Le déguisement ne suffit plus.
Peu importe comment il s’habille, la foule voit à travers…
La foule voit juste un mec qui n’a pas de couilles…

J’aurais adoré pouvoir compter sur vous pour lui montrer le droit chemin…
C’est cela l’amitié… Non ?
Je crois bien qu’il est trop tard…

Comment je me sens, en tant que l’auteur de Léo Apotheker | My Life ?
Sa conscience qui a lamentablement échoué ?
Une maman qui n’a pas su protéger son enfant ?
Une femme qui a tout pris dans la gueule de la part d’un mec qui n’en est pas un ?
Comment je me sens ?
D’un côté, comme celle qui n’a rien à se reprocher. De l’autre, comme celle qui n’a pas encore dit le dernier mot…
C’est à lui de se sentir comme une merde.

Cordialement,

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